Le soleil se couchait sur Sion, la montagne C’était Sabbat ce jour. Beruria compagne Du doux Rabbi Meir , absent en ce moment Devant deux corps glacés, pleurait amèrement

Friday, September 25, 2009

Castillismes du 25 Septembre 2009

Je vais afficher les messages rejetés par la modération du Journal Le Figaro. Ils ont changé quelque chose dans leur modération. Visiblement on peut vraiment plus rien dire. Mais je peux les comprendre, tout le monde a peur. Il n'y a que le gouvernement français et le Chef de l'Etat à ne pas bénéficier de cette déférence offerte ou imposée. Avec eux ils se sentent tous téméraires.

Je commence aujourd'hui 25 septembre 2009:

Sur ce fil,
http://www.lefigaro.fr/international/2009/09/24/01003-20090924ARTFIG00402-le-show-de-kadhafi-a-la-tribune-de-l-onu-.php

Les pays pauvres n'ont vraiment pas de chance.

Dès qu'on est en mal de représentaion, à cours d'idées, en veine de passe pour Zorro, on affecte de défendre les pays pauvres…Entendre les nègres.

Cela devient lassant.


Mais ca ne it rien. Que

=========================

Sunday, May 06, 2007

Pourquoi lui? Pourquoi Sarkozy?

Nous avions à choisir entre deux populismes. L'un de droite, l'autre de gauche.J'ai préféré celui de droite, car le populisme de gauche conduit au chaos. Immanquablement.

Où il n'y a point de maître, tout le monde est maître; où tout le monde est maître, tout le monde est esclave. Je cite Bossuet. Pourtant de l'eau a coulé sous les ponts depuis ce dernier. Rien, hormis le choix des hommes n'obligeait à rester valide une vérité énoncée au 17è siècle.

J'ai voté deux fois pour Nicolas Sarkozy. Non pas parce que j'adhère à tout ce qu'il dit. Ceci est impossible, voire même peu souhaitable. Mais simplement parce que son timbre de voix est consistant, fiable, ferme. Tandis que la voix de Ségolène Royale, semble tissée de plusieurs fils dont l'un est le mensonge. Elle est glissante, pentue, mouvante. Je ne me sens pas le courage de prendre appui sur une telle voix pour avancer.

Les vibrations de Sarkozy résonnent mieux dans cœur –entendre ma conscience. Ses phrases sont faites de mots placés correctement dans le bon sens. Il n'a jamais cherché à tromper. Tandis que l'autre candidate inverse le sens des mots, les met dans n'importe quel ordre. Et on a l'impression d'avoir entendu quelque chose alors qu'elle en a dit une toute autre.

Une autre raison plus subjective encore que toutes les autres, c'est l'unanimité contre lui que l'on retrouve autour de Sarkozy. Personne ne l'aime. Personne n'en veut. Mais il sera élu Président. Alors ma bonne France, tu te dissimules encore une fois?

Tu cries Vive Ségolène, et tu votes Sarkozy?

Ce clodo anglais ivre hurlant à la rue Saint-André-des-Arts, un samedi après-midi de l'été 1987,"French will have no courage" (les Français n'en auront pas le courage) aura-t-il toujours raison?

Ma France, mon doux petit pays. Reprends-toi. On fait les gorges chaudes à ton sujet dans le monde entier. Nul ne t'écoute. On te laisse parler seule comme une vieille femme, marmonnant dans son menton.

Je me souviens de cette phrase de de Gaulle: "Les Français arrivent tard à tout. Mais une fois qu'ils y sont ils surpassent tout le monde".Il faut que ce "tout" où tu arrives ma France, soit la RAISON, le réalisme, le goût de l'effort, du travail, du gain propre et non celui de la subvention, de l'état providence de la mendicité érigée en droit.

Oh j'ai confiance en toi. Tu verras c'est bon de changer un peu ma France. Juste un petit effort. Tu seras contente après.

Castille MagCartier
Paris, le 06 mai 2007

PS/ J'ai écrit ceci à 18h car les sites des journaux belge et suisse donnent Sarkozy gagnant -en estimation- à 54% contre 46 pour Ségolène....Et Je vis que cela était bien

Labels: , , ,

Tuesday, September 12, 2006

L'ETE NOIR DE LA DIPLOMATIE AMERICAINE

Seule l’indifférence, la meilleure amie des coupables, pourrait encore éviter à l’administration Bush de rester dans l’histoire comme la plus incompétente que l’Amérique ait connu depuis un siècle et demi. Mais la sanction violente de ses multiples échecs dans le monde s’annonce car l’été qui s’achève lui a présenté le plus sinistre des tableaux.

En Irak, chaque jour semble réaliser l’impossible dépassement des atroces violences de la veille. Nous en sommes à près de 100 morts par jour, chiites un jour, sunnites à l’aube suivante. Le fossé entre les communautés musulmanes, déjà large avant l’intervention américaine, se remplit chaque jour de sang et de vengeances inextinguibles. Enfants, vieillards, religieux, les attentats tuent et mutilent aveuglement. Tous les jours. L’Iran, soutien de la majorité chiite, triomphe. Les Kurdes, troisième composante d’un pays jadis ligoté sous le joug de Saddam Hussein, et qui ne poursuivent qu’un seul but, celui de l’indépendance, sont sur le point de déséquilibrer la Turquie, où les attentats reprennent.

La menace terroriste, que l’Amérique prétendait éradiquer par son intervention militaire, tétanise l’Angleterre, après l’Espagne, l’Indonésie, ou l’Egypte et détériore chaque jour les transports internationaux du monde entier. Il est aujourd’hui impossible d’emporter le moindre liquide, le moindre gel, le moindre tube de rouge à lèvres dans les avions. Est-ce là le monde plus sûr que nous promettait Bush ?

Au Liban, son soutien obstiné aux "exactions" israéliennes, n’a pas empêché une issue universellement considérée dans le monde –arabe, il est vrai- comme une cinglante défaite de Tsahal, l'armée d'Israël, et un triomphe du "candide et innocent" Hezbollah que le temps dépouillera fatalement de l'aura romantique attachée à l'idée de guérilla.

Aux récentes élections libres qu’aiment tant les théoriciens de Washington, ce dernier mouvement avait emporté 100% des voix dans de très nombreux endroits du Sud Liban. –même si nous savons qu'un tel score à des élections est souvent louche- Il ne peut donc plus guère faire mieux, mais il le fera désormais pendant longtemps. L’administration Bush se méfiait de l’ONU, mais a du se résigner à lui remettre les clefs de la paix. Là encore l'actuel Iran triomphe, et sans discrétion.

Dans une Amérique latine désormais majoritairement composée de gouvernements opposés à la toute-puissance de l’Amérique, Chavez domine se posant en nouveau Fidel des temps modernes et ce dernier peut dormir tranquille en confiant le pouvoir à son frère.

Les Nord-coréens font des essais de missiles, l’Iran a affirmé récemment ne rien devoir céder à l’ONU sur la question de son programme nucléaire, avec – de facto- le soutien de la Chine et de la Russie. Les démissions se succèdent au cœur même des services de renseignements américains. L’Armée grogne, la CIA est déstabilisée. Aujourd’hui, quel est le poids diplomatique réel de l’Amérique? Comment autant de force peut-elle se traduire par autant d’avanies ?

L’Amérique de Bush conserve cependant, globalement, une alliée de taille : l’absence d’alternative globalement désirable. Au lieu d’être intégré au monde américain, préférez-vous devenir communiste chinois, ou bien intégriste musulman? Mais ce qui est vrai globalement ne l’est pas localement. Ici où là, des peuples tournent le dos à l’Amérique, au moins avec cette Amérique-là. D’où une vraie question pour le débat politique haïtien : quelle Amérique faut-il aimer ? Celle qui soutient et finance la transition démocratique du pays, c’est-à-dire cette peu aimable administration Bush, ou bien celle qui avait soutenu les abus de pouvoirs d’Aristide, celle de Clinton, dont cependant les échecs, en Somalie comme en Haïti, n’avaient pas les mêmes reliefs ?

Margaret Cartier
www.magdotcom.net
castille@magdotcom.net

1er septembre 2006

Friday, July 14, 2006

LES DEUX POLES DE LA DEMOCRATIE

La démocratie n’est pas une chose naturelle. C’est au contraire une construction artificielle qui s’oppose, pour ses inventeurs, à l’état de nature. Mais justement, de cet état de nature, il existe deux conceptions opposées, selon la réponse que l’on donne à la question suivante : l’homme est-il naturellement bon ? Non, répondent Saint-Augustin, Hobbes ou Madison, un des inspirateurs et rédacteur de la constitution américaine. *

Oui, pensent plutôt Locke, Rousseau ou les inspirateurs de la constitution française. Bien entendu ces grands auteurs sont plus nuancés que cela, il s’agit plutôt de deux pôles de la pensée démocratique, deux extrémités du terrain sur lequel se déroule la partie. Certains penseurs, certains pays, naviguent d’un côté à l’autre, mais cela n’empêche pas qu’il existe bien ces deux côtés.

Pour les pessimistes, l’homme est naturellement violent, tricheur, égoïste, et s’il a bien raison de poursuivre ses propres intérêts, il ajoute à cette poursuite une rude indifférence aux intérêts des autres et ne croit pas du tout spontanément à l’intérêt général. Cela vient sans doute du pêché originel. Dès lors la constitution est une armure destinée à protéger chacun contre tous et l’intérêt général contre la cacophonie et la violence des intérêts particuliers. Mais ce qui est vrai du simple citoyen l’est aussi de l’homme ou de la femme de pouvoir. Les institutions sont là pour les empêcher de trahir leur mandat.

C’est ainsi que dans la constitution américaine on peut lire une obsession du « check and balance », c’est-à-dire l’organisation de contrepouvoirs destinés à empêcher que le dirigeant démocratiquement élu fasse n’importe quoi, ce qu’il aura inévitablement tendance à faire. Un excellent exemple en a été montré récemment avec la décision de la cour suprême américaine rendant illégales les détentions à Guantanamo. C’est certes un peu tard, mais tout de même cela montre que les rédacteurs de la constitution américaine avaient une sainte horreur des abus de pouvoirs et de leur caractère « naturel ».

Pour les optimistes au contraire, le plus important, une fois organisée la paix civile et conjurée la violence, c’est que l’état de droit libère les vertus, les potentialités créatrices des individus. Ces penseurs regardent la même bataille que les premiers mais ils ne se concentrent pas sur les mêmes épisodes. Ils sont nourris du culte de la « vertu » romaine, ils pensent que l’éducation générale multiplie les citoyens et les dirigeants honnêtes et altruistes. Et qu’il faut donner à ces derniers toute la place, sans les entraver par de multiples contrôles paralysants. C’est l’esprit de la constitution française élaborée par et pour le général De Gaulle, et c’est aussi le fondement de la constitution haïtienne. Dans cette tradition, si l’on n’est pas forcément d’un optimisme béat pour la totalité de l’humanité, au moins a-t-on une grande confiance dans les vertus des élites.

Mais dans un pays comme Haïti, dont les élites n’ont - pour l’instant - pas démontré collectivement la constance de leur vertu, il serait sans doute intéressant d’ouvrir un jour le chantier d’une révision constitutionnelle. Il serait intéressant aussi d’essayer d’y mettre plus de réalisme, plus d’équilibre, et moins d’hypocrisie dans la conception de l’homme politique et du citoyen sous-jacente au droit haïtien, car la nature est harmonieuse et les classes populaires haïtiennes ne se distinguent pas n'ont plus par leur goût du raisonnable.


Margaret Cartier
Paris, le 12 juillet 2006

castillecastillac@gmail.com

DIEU, LE SPORT, MOI ET l'autre

Une nouvelle sportive est passée inaperçue à la fin du mois de juin écrasée par la coupe du monde de football. La France est allée battre l’Afrique du Sud chez elle en rugby. Evénement parait-il rarissime dans ce sport qui reste le sport national de la minorité blanche du pays, rarissime aussi que la France gagne hors de ses frontières. Mon deuxième pays ayant la singularité d'être championne du monde des matchs amicaux. Nous, en France, n'aimons pas la pression.

La même semaine, comme tous les lecteurs le savent, la France a également battu le Brésil, cette fois-ci en football. –mon doux Brésil que j'aime. Ce qui m’intéresse ici n’est pas la gloire sportive de la France, dont je me fiche bien, mais un drôle de signe du destin. Voici deux pays qui, de façon différente, ont soutenu Aristide et qui se voient « punis » par une défaite cuisante dans leur sport favori. Dieu joue-t-il au ballon ?

Sans doute pas, et pas non plus aux autres sports, peut-être joue-t-il seulement de la musique pour inspirer certains hymnes nationaux. Car il y a belle lurette que le sport et la démocratie ont prouvé qu’ils ne couchaient pas ensemble. Des dictatures ont connu d’éclatantes réussites sportives. L’Argentine de Videla a gagné « sa » coupe du monde en 1978, quand celle d’aujourd’hui se fait sortir en huitième de finale. La seule participation d’Haïti à la phase finale c’était sous Jean-Claude Duvalier. La Russie « démocratique » a cessé d’être une grande nation du football, alors que l’URSS stalinienne inspirait le respect.

On pourrait multiplier les exemples en athlétisme, en rugby, en natation. Mais l’inverse est vrai également : les grandes démocraties ne sont pas désarmées quand il s’agit de sport. L’Angleterre ou les Etats-Unis, la France ou le Japon ont chacun leurs domaines d’excellence et, pour rester dans le football, n’ont rien à craindre de la Corée du Nord, de l’Ouzbékistan et d’une manière générale d’aucun pays musulman.

Mais justement, cette dernière remarque nous met sur une piste. Et si le sport était chrétien ? Il n’y a presque pas de grands sportifs juifs. D’abord parce que les Juifs sont peu nombreux, mais le nombre ne les a jamais empêché d’occuper les premiers rangs dans le cinéma ou dans la musique pour ne citer que ceux-là. Il y a quelques grands champions musulmans, en course de fond en athlétisme, ou dans la boxe, mais il faut bien constater que le milliard de musulmans est bien mal représenté sur les podiums. En football la meilleure performance de l’Islam revient à la Turquie, qui n’a cependant jamais rien gagné d’important et reste encore un pays laïc. La Chine ou l’Inde pèsent de plus en plus lourd en économie, en diplomatie, voire en culture. Mais en sport l’Inde est moins que la Belgique et la Chine s'incline devant la France.

Et qu’on ne dise pas que le sport est une affaire de pays riches. L’argent peut tout, certes, mais il n’explique pas tout. D’où viendraient les succès de la Namibie ou de Trinidad en sprint, les prouesses du Ghana ou de la Côte d’Ivoire en football ?

Non décidemment, ce que la richesse ou le degré de démocratie n’expliquent pas, la religion semble mieux en rendre compte. Et donc, si le sport est chrétien, -j'entends catholique- Dieu joue peut-être bien de temps en temps au ballon. Et donc, en "punissant" le Brésil en football, et l’Afrique du Sud en rugby, il a peut-être bien signifié tout le mal qu’il pensait d’Aristide.


Margaret Cartier
Paris, le 5 Juillet 2006

matinales@magdotcom.net
castillecastillac@gmail.com

LES GANGS RODENT

(Et pendant ce temps là,...la Méditerrannée)

Dans un long article du Los Angeles Times du lundi 26 juin, Carol J. Willams dresse un portrait inquiétant mais mesuré de la situation actuelle du pays. Une phrase en particulier attire l’attention : « la paix post-électorale est tout autant orchestrée que la violence qui a précédé l’élection ». C’est juste, et nous l’avions déjà signalé, avec d’autres. Mais qu’est-ce que ça signifie ?

Une première hypothèse, évoquée en filigrane par l’article cité, est la suivante : la violence était organisée de l’extérieur par Aristide et ses partisans, de manière à discréditer le gouvernement intérimaire et favoriser l’élection de René Préval et de la coalition d’inspiration lavalassienne qui le soutient. Une fois le but atteint, les troubles ont en grande partie cessé. C’est possible. Mais si les théories du complot exhortent en général le public à faire preuve d’esprit critique et à ne pas croire les contes de fées que les pouvoirs aiment raconter, rien n’empêche d’exercer ce même esprit critique à l’endroit de ces théories elles aussi. Et cela conduit à faire d’autres hypothèses.

En premier lieu, il faut remarquer que la violence des gangs est une boite de pandore. Le pouvoir qui se commet avec eux court le risque de découvrir que dans la dialectique du maître et du serviteur, les brutes armées ne sont pas si stupides que ça. Elles commencent dans l’ombre comme nervis exécutant de basses œuvres mais finissent toujours par vouloir leur part de pouvoir au soleil. Et si des gens sont bien placés pour le savoir, c’est bien l’entourage d’Aristide. Manipulés ou non en sous-main par les Etats-Unis, ce sont bien des groupes armés devenus incontrôlables qui ont précipité la chute du précédent pouvoir en 2003 et 2004, en exacerbant la violence. Il serait bien étonnant qu’il soit plus facile de faire jouer un rôle politique cohérent à ces gangs à partir de l’Afrique du Sud qu’à partir du palais présidentiel. Il serait encore plus étonnant que le chaos des règlements de comptes se soit mué par miracle en un appareil politique fonctionnel et obéissant.

En bref, il est bien plus vraisemblable que, si des tentatives ont sans doute été faites pour faire jouer un rôle à une partie des gangs, au total personne ne maîtrise vraiment ces tueurs, qui se tuent entre eux autant, voire encore plus souvent qu’ils ne tuent des innocents.

Mais alors, pourquoi se sont-ils assagis ? Et s’ils sont plus sages, qu’attend-t-on pour les désarmer, comme la Minustah ne cesse de promettre de le faire depuis deux ans ? Sans doute ne saura-t-on jamais toute la vérité sur ces questions. Mais on peut imaginer ce qui se passe, faire des hypothèses.

La première est que ces gangs ne sont pas simplement ces dealers desperados issus des bidonvilles "qui n'ont pas le choix" que décrivent la plupart des médias. Ils sont connectés, par des liens complexes, avec la partie corrompue de l’appareil d’Etat. En fait ils en font partie. Dès lors, l’éradication de ces groupes armés ressemble à une opération de déminage : il faut du temps, de l’habileté, de la patience, et on court le risque en permanence de tout faire exploser. Il n’y a pas d’un côté les gangs, et de l’autre une société haïtienne propre en train de construire un Etat propre. Les deux sont mêlés inextricablement.

La seconde hypothèse est que le gouvernement actuel sait très bien tout ça. « Tout ça », cela signifie à la fois qu’il est très dangereux de faire commerce avec des groupes armés, et aussi qu’il faut faire très attention pour désamorcer cette bombe à retardement, quand la volonté s'en ferai sentir. Le gouvernement est donc un peu dans la situation d’un des consommateurs de la drogue vendue par ces dealers. Il faut absolument qu’il se déshabitue, sa vie en dépend, mais en même temps il faut défaire un à un les innombrables liens noués par cette drogue politique qu’est la corruption et le non-respect du droit. En attendant, les gangs rodent et opèrent, l'insécurité terrorise, l'armée n'est pas nécessaire et ceux qui pensent le contraire ne sont pas aux commandes. Bon....

Margaret Cartier
Paris, le 30 Juin 2006

castille@magdotcom.net

LE TRAVAIL DES PARTIS

C’est entendu, la vie politique est suspendue pendant la coupe du monde, et l’on sent, malgré les remontrances de l’OEA, comme une profonde lassitude à l’idée d’organiser les élections locales. Fatigue des citoyens après l’intensité des dernières joutes électorales ? Faible conscience des enjeux de ce « troisième tour » local ? Et si l’explication était avant tout à chercher dans une démobilisation de tout l’appareil des partis politiques ? Les partis ont bien travaillé, maintenant ils aspirent aux vacances. A de longues vacances. Normal dira-t-on, car au temps de guerre des campagnes électorales succède légitimement le temps de paix séparant deux élections.

Mais en Haïti, tout se passe comme si on ne pouvait travailler qu’en guerre. Et c’est une conception absurde de la politique. En effet, si une nation démocratique était une maison, l’exécutif en serait le toit, le parlement le salon, les lois en seraient les murs, mais quelles en seraient les fondations ? Et bien justement, les fondations de la maison-nation sont faites de la vie politique quotidienne. Et par quotidienne, il faut entendre même en temps de paix, surtout en temps de paix. Le travail d’un parti politique commence donc après les élections, il ne s’y termine pas.

Quel est-il ce travail d’un parti? Disons que pour simplifier, il se résume à deux tâches, l’une à l’intérieur de la maison, l’autre à l’extérieur. A l’intérieur de la maison démocratique, un parti comprend en principe des élus, qui ont été choisis par le peuple pour accomplir des missions. Même rares, mêmes humbles, mêmes locaux, ces élus constituent l’armature du parti, ses bras. Ils doivent d’abord accomplir le mieux possible leur tâche et le parti doit y veiller : compétence technique, honnêteté, présence constante à la tâche.

Ces élus sont présentés par un parti, mais une fois élus ils sont les élus de tous, et ils accomplissent leur mission en respectant une parfaite neutralité. Cependant, si dans la journée l’élu est celui de tous, une fois son travail accompli, il doit redevenir un militant. Il doit rendre des comptes à son parti, être un exemple, susciter des vocations, expliquer son action. Peu de choses sont plus mortelles pour un parti que de voir ses élus, une fois l’élection empochée, oublier comment ils sont parvenus là où ils sont. Mais l’élu qui trahit son parti fait lui aussi un calcul à courte vue, dans une véritable démocratie, car bientôt d’autres élections lui feront ressentir le besoin impérieux de disposer d’un appareil au service de sa réélection.

Mais l’autre grande tâche d’un parti est tout aussi importante bien que souterraine, et aussi humble qu’indispensable. C’est le travail de fond de l’opinion. Un parti ce sont normalement des millions d’heures de discussions, à la campagne, à la sortie de la messe, au bureau, entre amis ou en famille. Ce murmure incessant a beau n’être fait que de paroles fugitives, il est en réalité le creuset, le haut-fourneau où se forgent les plus solides opinions publiques. Cette usine à fabriquer l’opinion fonctionne principalement en « temps de paix », car elle demande du temps. Quand viennent les élections il est trop tard.

Cette leçon, c’est celle de l’histoire récente d’Haïti. Pense-t-on que Lavalas est sortie par génération spontanée des élections de 1991 ? Oublierait-on les années de militantisme, d'infiltration, de travail du corps social réalisé par son leader dès les années quatre-vingt ? Et par contraste, la dispersion et la faiblesse des partis, tant au sein de la majorité que de l’opposition, n’est-elle pas la conséquence de leur absence de travail (fainéantise, incurie ?) avant les dernières élections.

La morale de cette histoire, c’est que dès que le Brésil, voire l’Argentine, aura gagné la coupe du monde, les partis politiques haïtiens, tous les partis, feraient bien de se dire que les vacances ne commencent pas, elles sont au contraire terminées.

Margaret Cartier
Paris, le 23 Juin 2006

www.magdotcom.net
castillecastillac@gmail.com

Wednesday, June 21, 2006

LES INDUSTRIES CULTURELLES, UNE DES CHANCES D'HAITI

J’ai déjà eu l’occasion dans cette colonne de rappeler ce principe de réalité : à la fin c’est toujours l’économie qui commande. La triple priorité, les infrastructures, l’électricité et l’agriculture, ne doit jamais être oubliée car c’est un long chemin aride mais nécessaire. Le moindre mètre gagné sur ce chemin est une bénédiction et rend d’autres choses possibles, le moindre retard se traduit par des vies en moins. Mais ce n’est pas parce que le point de départ est extrêmement difficile que l’on doit oublier qu’il n‘est qu’un point de départ.

Projetons-nous un instant dans un scénario optimiste : nous sommes en 2016, dans dix ans, -autant dire demain- et Haïti, suivant le plan concocté par le Fonds Monétaire International, a réussi la première étape. L’électricité est revenue, et avec elle la sécurité quotidienne. Des routes et un chemin de fer sont là, et sont empruntés quotidiennement par des personnes et des marchandises. Haïti a retrouvé son autosuffisance alimentaire. Le pays a repris honorablement l'export du riz, des mangues, du café. Sur cette base, de petites industries locales produisent du ciment, du savon, des habits destinés au marché intérieur ou revendues à de grandes firmes internationales.

Mais y a-t-il un avenir industriel pour Haïti ? Sans doute, car dans le cadre de la nouvelle économie mondiale, le retour de la tranquillité intérieure permettra au pays de vendre ce dont il dispose le plus, c’est-à-dire ses bras, et pour mettre les pieds dans le plat, sa main d’œuvre à bon marché. La main d’œuvre à bon marché, ce n’est pas le plus glorieux des destins. Mais c’est le ventre des femmes qui la produit, et quand elle est là, elle est là. Il vaut alors mille fois mieux qu’elle soit employée avec des salaires de misère que pas employée du tout. Mieux valent les duretés de l’usine que celles du bidonville. Pourtant Haïti peut faire mieux que cela, pour être passé assez près il y a quelques décennies.

Une des chances de mon pays, s’il sort la tête hors de l’eau, est la révolution en cours dans les industries culturelles. Bien sûr nous avons d’autres chats à fouetter et cette révolution en cours passe ici en grande partie inaperçue. Mais elle a pourtant lieu, dans le monde entier. De quoi s’agit-il ? Des effets du numérique, de la numérisation du traitement des images, des sons, des textes. Prenons un bon studio d’enregistrement de musique. Il coûtait plusieurs dizaines de milliers de dollars il y a encore quinze ans. Aujourd’hui, avec un simple micro-ordinateur à 600 dollars et quelques logiciels, on fait mieux.

La même chose, dans des proportions différentes, est en train de se produire pour le cinéma, la télévision, le livre, etc. Dans ce nouveau contexte de baisse des coûts, qu’est-ce qui reste rare ? Deux choses, le talent et la promotion. Or Haiti regorge de musiciens, d’écrivains, de dessinateurs, de danseurs, de plasticiens. Et le pays dispose, malgré les vicissitudes de l’histoire, d’une légitimité culturelle, d’une influence musicale et littéraire de première grandeur. Haïti est sûrement plus pauvre que la République Dominicaine, mais culturellement, c’est l’inverse. Cela tient pour toutes les Antilles, et est dit sans chauvinisme aucun, pour qui me connaît.

Il faut donc faire quelque chose de ce talent, et adopter à ce sujet une véritable stratégie industrielle, un plan à long terme. Ce n’est pas contradictoire avec l’idée qu’aujourd’hui l’essentiel est ailleurs, dans les transports, l’électricité, l’agriculture, la police et les hôpitaux. C’est au contraire complémentaire. Dans le grand concert des nations, dans lequel ce pays revient jouer sa partition, il faut rendre service au monde – et en tirer bénéfice – en lui apportant ce que nous avons un peu plus que d’autres ne l’ont. Et les talents musicaux, graphiques et littéraires en font partie. Or, si les industries culturelles créent peu d’emplois, elles rapportent beaucoup de devises, c’est d’ailleurs un des premiers postes de recettes de la balance des paiements américaine.

Margaret Cartier
Paris, le 19 juin 2006


paru dans Le Matin d'Haiti édtion du Mardi 20 Juin 2006

www.magdotcom.net
castillecastillac@gmail.com

Friday, June 16, 2006

QU'EST-CE QU'UN BON MINISTRE ?

(ILS SONT VENUS. ILS SONT TOUS LA.)

La présentation du cabinet de Jacques Edouard Alexis semble, en première analyse, un non-événement. Une petite moitié des dix-huit « nouveaux » ministres l’étaient déjà dans un précédent gouvernement de la même équipe. Surtout, c’est à ces visages déjà connus qu’ont été confiés les ministères stratégiques, l’ordre et la justice, l’agriculture et les infrastructures. S’il y a donc bien du sang nouveau, c’est dans une proportion et à des postes secondaires. Il serait pourtant prématuré d’y lire les sombres prémisses d’une répétition des impuissances notoires de la même équipe déjà au pouvoir sous l’ère Aristide.

Après tout, la classe politique de mon Haiti est si étroite qu’il n’est pas totalement surprenant de voir revenir, malgré les alternances, toujours un peu les mêmes noms. Mais l’occasion est excellente pour se poser cette question : qu’est-ce qu’un « bon » ministre ?

De tous les postes importants d’un Etat démocratique, celui de ministre est en effet le plus paradoxal, car s’il incarne le pouvoir dans l’action, sa légitimité politique est en même temps parfaitement précaire. Il n’est pas élu à ce poste, et il peut en être éjecté du jour au lendemain sans explications.

Remarquons que cette précarité n’est partagée ni par les parlementaires, ni par les hauts fonctionnaires, ni bien entendu par le Président, ni même, dans un Etat de droit, par les hauts magistrats. Un ministre est donc à la fois roi dans son domaine, mais congédiable comme un valet.

Sa première fonction n’est en fait que d’être une pièce sur l’échiquier des alliances politiques suivant les élections. Certains ministres n’ont en réalité pas d’autre rôle. C’est sans doute le cas de Jean-Max Bellerive, ministre de la « planification et de la coopération externe », mais surtout représentant de Lavalas. Son rôle est d’être planté là, comme un épouvantail ou un porte-manteau, mais pas d’exercer un véritable rôle technique et administratif.

Pour d’autres ministres, ceux qui héritent de ministères utiles car dotés d‘un budget et d’une administration, le travail ne s’arrête pas le jour de la nomination, au contraire c’est là qu’il commence. Ceux-là peuvent être de bons ou de mauvais ministres. Mais les paradoxes de cette charge ne sont pas épuisés. Un grand président à forcément de grands ministres. Mais il n’en a pas trop. Un ou deux suffisent. Et ces grands ministres doivent savoir naviguer entre deux écueils : trop en faire ou pas assez.

En effet on ne réussit pas dans cette tâche si l’on n’est pas à la fois un grand patron - car un ministère se dirige comme une entreprise - et un bon visionnaire, car le bon ministre doit imposer sa vision et pour cela commencer par en avoir une. Et maîtriser parfaitement les dossiers dont il a la charge. C’est pour ces deux raisons que le grand président l’a choisi : pour qu’il gère bien une partie de la maison-Etat et qu’il s’empare des dossiers, mais aussi pour qu’il pense à sa place, fasse sa propre analyse et la mette en œuvre en surmontant les difficultés. Oui, mais voila : s’il remplit trop bien ces critères il va faire de l’ombre à son patron, danger au moins aussi mortel que l’incompétence. Notre ministre ne doit jamais oublier que la roche tarpéienne est très proche du Capitole.

En fin de compte, il n’y a donc pas de grands présidents, ni de grands ministres, il n’y a que de grandes équipes, celles qui savent, dans la durée, organiser cet équilibre fait de dizaines de déséquilibres entre le risque d’une équipe de valets nommés là pour d’uniques raisons électorales, et une collection de fortes têtes tirant à hue et à dia. Alors, de quel côté penche-t-elle la balance de ce premier gouvernement ? Sans doute pas du côté d’un trop grand nombre de personnalités susceptibles de faire de l’ombre au président.

Margaret Cartier
Paris, le 8 mars 2006


cass@magdotcom.net
matinales@magdotcom.net

Friday, June 09, 2006

PORT-AU-PRINCE NE VEUT PLUS ETRE HAITI

Les élections locales ne peuvent pas se tenir pendant la coupe du monde de football, apprend-t-on. Elles risquent d’être reportées jusqu’en septembre. Cette information passera sans doute à peu près inaperçue auprès des observateurs internationaux, et elle ne provoquera guère d’émoi non plus auprès de la grande majorité des électeurs. Ils sont sans doute lassés des difficultés pratiques des deux précédents scrutins, et on peut les comprendre. Mais cette indifférence est pourtant bien regrettable.

Outre qu’un pays qui ne peut pas organiser d’élections en raison de l’existence, à dix mille kilomètres de sa capitale, d’une compétition sportive, ne donne pas la plus éclatante des images de sérieux, il y a surtout que les élections locales, en Haïti, sont une composante majeure, essentielle, de la construction d’une démocratie que beaucoup appelons de nos voeux.

Bien sûr, des élections aux conseils municipaux, aux Casec, aux Asec et aux délégués de ville, cela n’évoque pas Shakespeare, et un certain goût du drame "bien de chez nous" n’y trouve pas son compte. Difficile d'y voir la lutte du Peuple contre les Oppresseurs, de la Modernité contre l’Archaïsme, du Créole contre le Français, du Nouveau Mal sacré Bien contre l'Ancien, et autres contes à dormir debout mais qui font voter. Et Pourtant…

Il n’y aura pas de démocratie mûre en Haïti, chez vous, chez moi si elle n’est pas d’abord locale. Contrairement au Brésil, à la Chine, à L’Allemagne, ce pays n’a pas la chance d’avoir au moins deux grandes villes, il n’en a qu’une, il s'agit de mon feu Port-au-Prince. De ce fait, la notion de « classe politique haïtienne » se confond avec celle de « classe politique de Port-au-Prince ». Politiquement ce pays n’est pas un pays, c’est une ville, avec de la campagne autour.

Une bonne part de son instabilité politique vient de là. Et le remède ne peut pas être seulement que la vie civile de Port-Au-Prince devienne plus policée. Il faut en outre qu’une authentique vie politique se développe dans les provinces et qu’elle se fasse entendre à la capitale, d’une voix forte, digne et respectée, ce qui est le contraire des cris d'animaux féroces.

Au niveau local, le chemin qui conduit à ce rééquilibrage est le même que celui qu’à dû emprunter le pays dans son ensemble : d’abord une forte participation aux élections, ensuite le développement d’une économie durable. Mais plus que d’un peuple, qu’ils ont déjà, les départements ont surtout besoin que leur revienne une bourgeoisie capable et sereine. C’est pourquoi le développement économique durable d’Haïti passe par l’essor de petites usines, de ciment, de fabrication de bière, de transformation du riz, de production d’électricité, adossées aux productions agricoles et minérales locales, et protégées pour vingt ans du risque d’être rachetées par des groupes « nationaux », c’est-à-dire basés dans la capitale.

Au Cap-Haïtien, aux Gonaïves, à Saint-Marc, à Jérémie, aux Cayes, il faut des accès Internet, des banques, des petits patrons, qui deviendront grands. Et une classe politique locale compétente, consciente certes de la solidarité patriotique nationale mais également de ses propres intérêts locaux, et prête à les défendre. Mais pour commencer ce processus, il est impératif que les élections locales soient prises autant au sérieux que les deux précédentes. Ce n’est pas le cas pour l’instant….

Margaret Cartier
Paris, le 02 Juin 2006


www.magdotcom.net
matinales@magdotcom.net